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Zafy Albert, 84 ans en 2011, premier président empêché de Madagascar

On dit que l’histoire est un éternel recommencement. Mais Madagascar peut-il se permettre de recommencer les mêmes erreurs commises, pour satisfaire à un ego totalement dépravé ? Avant Marc Ravalomanana, la Grande île avait une histoire politique. Hélas, ce qui se passe actuellement, c’est, à peu près ce qui s’est passé dans les années 1980-1990. Sauf qu’à présent, les principaux protagonistes, ennemis politiques jurés, qui se sont évincés mutuellement, se donnent la main pour rééditer leurs mêmes conneries (il n’y a pas d’autres mots). Et lorsqu’on lit les âneries d’Eliane Naike, « Sénatrice Tim de Madagascar », par exemple, on se dit une chose : elle ignore, comme les Gtt et les pro-Ravalomanana, l’Histoire de ce pays qu’ils disent aimer.

Lisez attentivement : ce n'était pas en 1990 ni en cette année 2011, mais en 2005. La répartition de sièges ne date pas d'aujourd'hui et le vieux prof est champion du monde de l'insurrection. Qui le suivra dans cette obsession pathologiquement pathétique ?

Avant de continuer à débiter des sornettes, se tromper soi-même et tromper son monde, voici un document d’investigations que personne, je dis bien personne, ne pourra jamais contester. Persister à faire des commentaires, dans des forums de haine, c’est se vouer soi-même à un avenir minable. Tant pis pour vous mais votre faux intellectualisme livresque du moment, ne résistera jamais à ce genre de document écrit dont les faits sont très facilement vérifiables et authentifiés. Il est temps aussi qu’un vrai patriote prenne la peine de le traduire en malgache. Car, tous ces gogos qui usent et abusent de leur accès à Internet, ignorent qu’à Madagascar, 590.000 km², plus de 20 millions d’habitants, même pas 15% de cette population ont accès au réseau mondial. Malgré facebook. Dans cette histoire, Marc Ravalomanana est un inconnu, un citoyen lambda. Et c’est pourquoi il a commis les mêmes crimes que tous ces prédécesseurs : par ignorance puis par mépris du peuple. Allons-y car communiquer c’est expliquer, expliquer, expliquer. Pourquoi Zafy a été président et pourquoi il a été empêché ?

Jeannot Ramambazafy

Didier et Céline Ratsiraka, au temps du pouvoir absolu

1989

Didier Ratsiraka a confirmé ses intentions annoncées durant la campagne pour l'élection présidentielle de mars 1989, dont il est sorti vainqueur, en acceptant d'introduire dans la vie politique malgache un vrai multipartisme. L'ordonnance du 9 mars 1990 a reconnu la liberté d'association politique ; ainsi peuvent se constituer des partis qui ne se réclament plus seulement des idéaux de la révolution et du socialisme. En outre, 1989 a vu la dissolution du Front national de défense de la révolution (FNDR), auparavant seul cadre légal de la vie politique malgache. Plusieurs nouveaux partis ont ainsi vu le jour, comme l'Union nationale pour le développement et la démocratie (UNDD) fondée par Zafy Albert, un ancien ministre du général Ramanantsoa.

Mais l'année 1989 aura aussi été marquée par l'apparition d'une secte d'extrême-droite se réclamant d'une relation privilégiée avec Didier Ratsiraka, le « Sakelimihoajoro »,animée par l'ancien gourou du président, Désiré Ramelison alias Ngovitra. L'activisme de ce dernier et son populisme (distribution de riz aux pauvres, dénonciation de la corruption de plusieurs parents du président) ont exacerbé les divisions au sein de l'AREMA, le parti présidentiel.

Sur le plan diplomatique, la visite du pape Jean-Paul II (du 28 avril au 1er mai 1989) a été un des temps forts de l'année, ainsi que celle du président français, François Mitterrand, le 14 juin 1990. Il a annoncé l'effacement de la dette publique malgache (4 milliards de francs). et la libération du Commandant Richard Andriamaholison, déporté en France, et des capitaines Rakotonirina Marson et Rakoto Abel, tous arrêtés en 1977 par la DGID (police politique), pour complot jamais prouvé, et libérés le  26 juin 1990. En contrepartie, Didier Ratsiraka a annoncé que Madagascar allait indemniser les entreprises françaises nationalisées en 1975 et que les navires de guerre français pourraient désormais faire escale à Antsiranana (ex-Diego Suarez).

Floréal (île Maurice) a été la première entreprise de zone franche à Madagascar. En ce temps-là, on ne parlait pas d'AGOA. Alors, dites-moi, quelle est la jeune fille malgache de 20 ans en 1989 qui, à 42 ans en 2011, mariée et mère de famille, peut témoigner qu'elle a pu construire une maison grâce à son salaire de zone franche ? Et qu'elle touche une retraite. Aucune !

En décembre 1989, la scène économique a été dominée par l'adoption d'un nouveau code des investissements et la création de zones franches industrielles tournées vers l'exportation. Madagascar s'efforce notamment d'attirer les investisseurs implantés à l'île Maurice. Le processus de privatisation de nombreuses sociétés d'État, à la demande de la Banque mondiale et du FMI (qui a octroyé à la Grande île une facilité d'ajustement structurel renforcée de 76,9 millions de DTS, droits de tirage spéciaux, en mai 1989), s'est poursuivi. Sous l'effet de la politique d'austérité et de la forte dépréciation de la monnaie qui ont entraîné une importante contraction des importations en volume, la balance commerciale est devenue positive en 1989. Mais l'économie malgache reste fragile. Les recettes en devises reposent toujours principalement sur trois produits d'exportation: le café pour plus de 30%, la vanille pour 15% et le girofle pour 10%. En 1989, les exportations se sont situées entre 250 et 280 millions de dollars. La balance des paiements courants a enregistré un solde négatif voisin de 175 millions de dollars. Malgré plusieurs rééchelonnements de la dette (3,7 millions de dollars) le service de la dette représentait encore en 1989 plus du tiers des exportations des biens et des services.

C'est à cette époque qu'apparut le phénomène 4'mis, Malgaches sans domicile fixe vivant sous les tunnels et mendiant sur l'avenue. Ils se fixèrent dans le quartier d'Ampefiloha, devenu La Réunion kely (petite) en raison des objets hétéroclites qu'ils vendaient. Il faut savoir, qu'il y a un temps, les Malgaches allaient faire leur emplette à l'île de La Réunion où on trouve de tout

Sur le plan social, la misère est restée particulièrement criante, surtout dans les villes. La Grande île, qui compte 11 millions d'habitants pour un revenu annuel par tête de 210 dollars, connaît une démographie galopante (3% par an) supérieure aux possibilités d'absorption actuelles de son économie.

1990-1991


Le climat social s'est à nouveau fortement dégradé en 1991 malgré le relatif apaisement apparu au lendemain de la réélection du président Didier Ratsiraka en mars 1989. En juin 1991, d'importantes manifestations et une grève générale ont connu une participation sans précédent. Le projet de révision de la Constitution soumis à l'Assemblée nationale populaire le 31 mai 1991, en vue d'adapter ce texte "à la conjoncture nationale et internationale", a été au cœur du spectaculaire mouvement de protestation qui s'est développé dans la capitale pendant plusieurs semaines. L'opposition demandait en effet à participer à une conférence de concertation nationale et à la révision de la Constitution. Le 29 juillet 1991, le gouvernement a démissionné et des élections législatives anticipées ont été annoncées (dans un délai non précisé).

Bien qu'ayant favorisé l'atomisation de l'opposition (plus de 25 partis ont été légalisés en l'espace de deux ans), le président et ses conseillers ont tenté tout au long de 1990 de maintenir un certain dialogue avec celle-ci, tout en gardant leurs distances avec le Conseil chrétien des Églises de Madagascar (FFKM), à l'origine de la création du Conseil permanent des forces vives (« Hery Velona ») qui a réuni, en août 1990, plus de 400 délégués pour parler de l'avenir du pays et qui a mobilisé la population d'Antananarivo lors des manifestations de juin 1991. De son côté, face à une opposition œuvrant en ordre dispersé, le front qui a soutenu le président Didier Ratsiraka, le Mouvement militant pour le socialisme malgache (MMSM), a renforcé ses structures. On notera également que le tribunal chargé de juger les quinze accusés impliqués dans l'occupation de la radio nationale, le 15 mai 1990, a fait preuve de clémence.

Hassan II du Maroc, François Mitterrand et Omar Bongo du Gabon, lors du 16è Sommet France-Afrique de la Baule en juin 1990. Ils sont tous décédés

Sur la scène diplomatique, la visite dans la Grande Ile de François Mitterrand, le 15 juin 1990, a coïncidé avec le 15e anniversaire de l'accession au pouvoir du président Ratsiraka, un "cadeau" de l'ancienne puissance coloniale à un régime qui a été fermement critiqué par l'opposition. Didier Ratsiraka, à cette occasion, a proposé une indemnisation "juste et équitable" des entreprises françaises nationalisées en leur temps. Par ailleurs, Madagascar a resserré ses liens avec l'Afrique du Sud. La normalisation avait été consacrée avec la visite à Antananarivo en août 1990 du président sud-africain Frederik De Klerk.

Sur le front économique, une dévaluation de 13% du franc malgache a été annoncée en janvier 1991 et a été assortie d'une augmentation de 15% des salaires du secteur public ainsi que d'une taxe de 30% sur les importations de riz. Sous la pression des bailleurs de fonds (essentiellement la Banque mondiale et la France), le gouvernement a poursuivi son programme de libéralisation économique. C'est ainsi qu'un code minier plus favorable aux investisseurs étrangers, adopté en août 1990, a été mis en œuvre. Une zone économique spéciale (ZES) a également été créée au sud de Toamasina avec une firme chinoise de Hong-Kong. Les entreprises franches se sont multipliées dans le secteur textile. Cependant, les difficultés économiques sont demeurées. Le gouvernement a dû geler le crédit durant les quatre premiers mois de 1991 en raison de graves problèmes de trésorerie. Le déficit de la balance commerciale malgache s'était fortement accru en 1990 avec l'accroissement des importations, consécutif à la libéralisation de l'accès aux devises, ainsi qu'en raison de l'insuffisance de la production agricole traditionnelle (vanille et café). Un nouveau programme d'investissements publics (PIP 1991-1993) a été adopté en février 1991. L'agriculture (22%), l'industrie, les mines et l'énergie (21%), les transports et les communications (30%) constituent les principaux postes de dépenses de ce programme qui s'élève à 1.692 milliards de francs malgaches dont 1.112 milliards devront être financés par des apports extérieurs. La Banque mondiale, inspiratrice de ce programme, a voulu faire des transports et des infrastructures un domaine privilégié de la libéralisation économique engagée.

Après des mois de grèves et de protestations contre le régime du président Didier Ratsiraka, un gouvernement fantôme de l'opposition a été formé.Voici le nom de ses membres : Président : Général Jean Rakotoarison alias Voaibe ; Premier Ministre : Albert Zafy ; membres : Richard Andriamanjato, Bao Andriamanjato, Manandafy Rakotonirina, Francisque Ravony, E. Rakotomandimby, Bruno Betiana, David Silamo, Honoré Razafindramiandra, C. Raveloson, Voahangy, Jeanine Rambeloson, Emilson, Jonarivelo.

" TSY HIALA AHO ! "

Le pouvoir Ratsiraka kidnappa quatre d’entre eux dont Bao Andriamanjato qui ne s’en remettra jamais, jusqu’à son décès (sûrement du à cette rude épreuve). Finalement ils furent rapidement libérés. Survint alors le carnage du 10 août 1991, dans lequel plusieurs manifestants ont été tués par des militaires aux abords du palais présidentiel d’Iavoloha. Cette tuerie sans nom était la réponse à la Grande marche de la Liberté (« Diaben’ny Fahafahana ») dirigée par Zafy Albert qui a bien failli y perdre la vie. Didier Ratsiraka qui avait hurlé "je ne partirais pas"! ("Tsy hiala aho!"), céda. De nouvelles institutions voient le jour en décembre 1991, qui s'inscrivent dans le cadre d'une convention signée par le Premier ministre de Didier Ratsiraka, Guy Willy Razanamasy, et les représentants des Forces Vives de l'opposition pour mettre un terme à l'agitation et limiter les pouvoirs du président. Un nouveau gouvernement est constitué par Razanamasy et des membres de l'opposition, dont Me Francisque Ravony, du MFM (« Mpitolona ho amin'ny Fandrosoan'i Madagasikara », anciennement « Mpitolona ho an’ny Fanjakan’ny Madinika »). Deux nouvelles institutions sont créées : la Haute Autorité de l'État (HAE) présidée par Albert Zafy et le Comité de redressement économique et social (CRES) co-présidé par deux autres opposants, le pasteur Richard Andriamanjato et le fondateur du MFM, Manandafy Rakotonirina.

1991-1992

Un Forum national s'est tenu, fin mars 1992, pour élaborer une nouvelle Constitution qui devait être soumise à un référendum, initialement prévu fin juin puis reporté en juillet ou août 1992. Des élections présidentielles étaient prévues pour août et des législatives devaient avoir lieu avant la fin de l'année 1992. Les débats du Forum national se sont focalisés sur le refus du fédéralisme prôné par certains partisans du président Ratsiraka et l'empêchement pour ce dernier de briguer un nouveau mandat : un article du nouveau code électoral interdit à un président en exercice le droit de concourir pour un troisième mandat consécutif.

Didier Ratsiraka, Guy Willy Razanamasy, Albert Zafy. Le bordel total. Imaginez alors Andry Rajoelina, Fetison ou Mamy Rakotorarivelo, Emmanuel Rakotovahiny ou Zafy ensemble dans cette transition vers la IVè république : ce sera des placages sans rime ni raison au détriment du peuple malgache, dans le seul but d'éliminer Andry Rajoelina


 

Dans ce contexte, la transition vers la IIIe République malgache ne pouvait être que chaotique. Les institutions transitoires, tricéphales (Premier ministre, président Ratsiraka et président de la HAE), se contredisant en permanence. C'est ainsi par exemple qu'un contrat d'approvisionnement pétrolier de la Grande Ile, attribué à une société suisse par la compagnie d'État Solima, dont le directeur avait été nommé par le président Ratsiraka, a été annulé par la HAE qui a préféré rechercher en vain un accord d'État à État avec l'Iran. En fait, les nouvelles autorités sont apparues prises en contradiction entre leurs promesses à la population (baisse du prix du pétrole et du riz) et les conditions posées par la Banque mondiale et le FMI à la poursuite du programme d'ajustement structurel (dévaluation du franc malgache, privatisations accélérées, hausse des taxes pétrolières, arrêt des subventions aux produits de première nécessité).

Les discussions entre les autorités malgaches et les experts de la Banque et du FMI n'ont donc pas été faciles. Une première mission internationale, fin décembre 1991, a estimé que le dossier malgache n'était pas suffisamment préparé. La mission suivante, qui a visité l'île en mars 1992, a également convenu de la nécessité d'un complément d'information. Cette aide extérieure apparaissait indispensable compte tenu de la faiblesse des réserves en devises de l'État (200.000 dollars en avril 1992). Ce problème était d'autant plus aigu que la menace d'une dévaluation poussait les exportateurs malgaches à retarder le rapatriement de leurs devises. En 1991, 400 millions de dollars se trouvaient ainsi sur des comptes de citoyens malgaches en Europe et aux États-Unis.

En fait, l'amorce de reprise de l'économie a été mise à rude épreuve par la longue grève générale qu'a connue le pays entre juillet et novembre 1991. Selon certaines estimations, la croissance économique aurait enregistré un recul net de 6%, soit une baisse de la production per capita de 9%. Les recettes d'exportations ont baissé, d'où des arriérés vis-à-vis des créditeurs bilatéraux. Les recettes fiscales ont baissé de 30%.

Durant cette ère de transition, la diplomatie malgache a été elle aussi marquée par de multiples conflits de préséance entre représentants des diverses institutions. Le président Didier Ratsiraka, qui a conservé un important staff de conseillers, a continué à mener sa propre diplomatie, envoyant par exemple, en avril 1992, un émissaire en Afrique du Sud pour réclamer une aide financière et matérielle qui lui a été refusée.

1993

La victoire au second tour de l'élection présidentielle, le 10 février 1993, du candidat des Forces Vives de l'opposition, Albert Zafy (66,9% des suffrages), face au président sortant, Didier Ratsiraka, a inauguré l'ère de la IIIe République malgache.

 

Agrégé de médecine, chirurgien, licencié en mathématiques et en physique, Madagascar a porté à la présidence un homme bardé de diplômes. Il a été ministre de la Santé en 1972 sous l'éphémère gouvernement du général Gabriel Ramanantsoa, avant de devenir un opposant irréductible à Didier Ratsiraka contre lequel il avait essayé, en vain (sa candidature n'ayant pas été acceptée), de se présenter lors de l'élection présidentielle de 1982. Après avoir créé en 1990 l'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), Albert Zafy s'est imposé comme le principal leader de la "révolution tranquille" malgache, le soulèvement anti-Ratsiraka enclenché en mai 1991.

Malgré les craintes que suscitaient sa réaction et les menées subversives de ses partisans fédéralistes à Toamasina, Antsiranana et Toliara, Didier Ratsiraka a finalement accepté sa défaite électorale. Mais il entendait conserver un rôle politique à la mesure du nombre de sièges que remporterait son parti aux élections législatives du 16 juin 1993, le scrutin qui viendrait parachever le processus de transition.

La naissance du nouveau régime aura été à peu près non violente, mais longue, complexe et incertaine. Ainsi, à plusieurs reprises les échéances électorales ont-elles été reportées. Le mandat du gouvernement du Premier ministre Razanamasy a été prorogé au-delà de son terme initial, afin de tenir jusqu'aux législatives à venir.

La période comprise entre l'investiture du président Zafy, début mars 1993, et les législatives de juin, a été marquée par la poursuite du bras-de-fer -entamé dès le début de la transition- entre le nouveau président et Guy Razanamasy. Dès le premier conseil des ministres qu'il a présidé, le 16 avril 1993, Albert Zafy a voulu dicter la marche à suivre au gouvernement de transition que certains de ses partisans lui demandaient de dissoudre avant les législatives. Selon les termes de la Constitution malgache, adoptée lors du référendum du 19 août 1992, l'Assemblée nationale issue des législatives de la mi-1993 devait désigner un nouveau Premier ministre aux pouvoirs étendus. Pour ce poste, la candidature du vice-premier ministre du gouvernement Razanamasy, Me Francisque Ravony, était l'une des hypothèses mises en avant par l'entourage d'Albert Zafy, à la veille du scrutin. Mais certains milieux merina estimaient au contraire que le président étant un "côtier", le poste de Premier ministre devait revenir à un Merina et non pas à un "métis", en l’occurrence Me Ravony. Cette réaction a alimenté les ambitions du co-président du Comité de redressement économique et social (CRES), le pasteur Richard Andriamanjato.

La transition politique ayant traîné en longueur, les négociations des autorités malgaches avec les bailleurs de fonds internationaux s'en sont trouvées retardées. Rien ne devait être réglé avant la mise en place d'un nouveau gouvernement après les législatives de juin 1993. Mais les premiers prêts de la Banque mondiale ou du Fonds monétaire international (FMI) semblaient, dès lors, ne pas pouvoir être accordés avant le début 1994.

Après son investiture, Albert Zafy a manifesté son intention de renouer des relations commerciales et diplomatiques avec plusieurs pays, notamment la Corée du Sud, l'Afrique du Sud et Israël avec lesquels Madagascar avait eu, auparavant, des rapports antagoniques. Début mai 1993, le vice-premier ministre malgache s'est rendu au Maroc, à la tête d'une délégation gouvernementale et porteur d'un message du président Zafy au roi Hassan II. Les deux pays ont décidé de mettre à l'étude les domaines d'une possible coopération. Leurs relations diplomatiques étaient au point mort depuis la reconnaissance de la République sarahouie (Sahara occidental), par Didier Ratsiraka en 1976.

La mouvance politique du président Albert Zafy, dont l'élection, le 27 mars 1993, a inauguré la IIIe République (après une quinzaine d'années de dictature de Didier Ratsiraka et dix-huit mois de soulèvement populaire), a remporté la majorité des sièges aux législatives du 16 juin 1993. Le pasteur Richard Andriamanjato a été élu président de l'Assemblée nationale, laquelle a ratifié, début août 1993, la nomination du Premier ministre, Me Francisque Ravony. Ces trois centres de pouvoir de la IIIe République n'ont cessé, dès lors, de se concurrencer.

Leur méfiance réciproque, assortie de certaines divergences, a ralenti le processus de prise de décision, paralysant le nouveau régime. Le président entouré de conseillers aux opinions opposées, a montré le plus grand mal à trancher les questions sensibles. Le Premier ministre, conscient de la fragilité de sa majorité parlementaire, allait devoir composer avec le Parlement. Le président de l'Assemblée nationale, selon les propres dires de l'homme fort du régime, a, quant à lui, torpillé nombre d'initiatives du Premier ministre. Les débats parlementaires de décembre 1993 sur la loi des finances pour 1994 ont illustré cette situation. Les députés ont imposé au gouvernement des amendements (décentralisation budgétaire et réaménagement des salaires des fonctionnaires) contraires au projet gouvernemental élaboré en accord avec le FMI (Fonds monétaire international).

1993-1994

Cette complexité du jeu politique est apparue déroutante aux investisseurs étrangers, lesquels ont souvent critiqué l'immobilisme, voire l'incurie, du nouveau régime. La confusion risquait cependant encore de s'accroître avec la décentralisation administrative prévoyant la création d'une vingtaine de collectivités territoriales avec moyens financiers et pouvoirs de décision. Les élections pour ces assemblées locales ont été fixées au second semestre 1994.

Fin mars 1994, les autorités malgaches n'avaient toujours pas obtenu d'accord avec la Banque mondiale et le FMI sur leur programme de réformes. Au-delà de certaines réticences politiques (dévaluation, rythme de la libéralisation et des privatisations) ou des retards enregistrés à cause des dégâts cycloniques, l'impasse de ces discussions a été attribuable principalement à des défaillances des autorités malgaches. A plusieurs reprises, cette partie n'a tout simplement pas élaboré à temps les documents nécessaires aux négociations. Ainsi, environ 1 milliard de dollars d'aide internationale n'ont pas été décaissés un an après l'élection d’Albert Zafy.

Pour résoudre ses problèmes de devises, le gouvernement central a été contraint d'user d'expédients. Le prix de la vanille malgache à l'exportation a été baissé de 74 dollars le kilo à 60 pour l'année 1994, et Madagascar a dû vendre, encore en-dessous de ce prix, une cargaison de 50 tonnes pour obtenir les devises nécessaires à l'achat de 12.000 tonnes de riz, en janvier 1994. Albert Zafy et Richard Andriamanjato ont également signé, en août 1993, un accord pour obtenir un financement privé de 2 milliards de dollars contre un droit de recherche et d'exploitation de vingt-cinq ans sur l'ensemble des mines d'or du pays. Les fameux « financements parallèles » à ceux des bailleurs de fonds traditionnels. D’ailleurs, la communauté de ces bailleurs de fonds s'est alarmée de ces démarches auprès d'intermédiaires financiers généralement considérés comme peu fiables. Finalement, des discussions de la dernière chance avec les institutions de Bretton Woods ont eu lieu en avril 1994, à Washington, et un accord-cadre de politique économique a été adopté par le gouvernement en mai.

En matière de diplomatie, l'État s'est ouvert à la Corée du Sud, à l'Afrique du Sud et à Israël, dans l'espoir d'attirer de nouveaux investisseurs.

Feu Me Francisque Ravony que Zafy Albert a traité comme du poisson pourri, dans une audition retransmise en direct à la Rnm et à la Tvm. Du jamais vu, de l'inédit en matière de dénigrement

Après de longues transactions, le Premier ministre Francisque Ravony a présenté, le 19 août 1994, le deuxième gouvernement de sa première législature. Au nombre des ministres partants figurait celui de la Promotion industrielle et du Tourisme (par ailleurs fondateur du parti LEALDER FANILO), Herizo Razafimahaleo. Ce remaniement n'a pas mis fin aux sourdes luttes d'influence s'exerçant entre les trois pôles du pouvoir malgache (le président Albert Zafy, le Premier ministre et le président de l'Assemblée nationale, Richard Andriamanjato).

1995

Alors que le Premier ministre (et des bailleurs de fonds internationaux) s'opposait au maintien de Raoul Ravelomanana à son poste du gouverneur de la Banque centrale, ce dernier bénéficiait du soutien de Richard Andriamanjato, avec lequel il avait participé à plusieurs opérations financières destinées à rechercher des "financements parallèles". De son côté, le président de l'Assemblée nationale ne cachait pas son opposition au ministre des Finances, José Yvon Raserijaona. Raoul Ravelomanana a finalement été limogé, début janvier 1995, après le scandale de l'"affaire Flamco" du nom d'une société commerciale présidée par le prince Constantin du Lietchtenstein qui a accumulé une dette de plusieurs millions de dollars auprès d'une banque étatique malgache.

Un autre sujet de discorde résidait dans le choix de l'attitude à adopter vis-à-vis des institutions de Bretton Woods: le Premier ministre souhaitait un accord avec le FMI et la Banque mondiale, alors que le président de l'Assemblée nationale, fidèle à son discours populiste, estimait qu'on pouvait éviter d'avoir recours à leurs financements. Un nouveau round de négociations a finalement débouché sur la signature à Antananarivo, en février 1995, d'une lettre d'intention entre les autorités malgaches et le FMI en vue de l'octroi d'une facilité d'ajustement structurel renforcée (FASR). Les négociations avec la Banque mondiale sont cependant demeurées dans l'impasse. Le Premier ministre malgache a accepté les conditions du FMI parce qu'elles étaient essentiellement d'ordre fiscal, tandis que les conditionnalités de la Banque mondiale portaient sur un large éventail de réformes pour libéraliser plusieurs secteurs de l'économie (vanille, transport aérien, système bancaire...). Le 3 mai 1995, les ministres du Tourisme, Alphonse Ralison, et de l'Aménagement du territoire, Henri Rakotonirainy, ainsi que le commissaire général au Sport, Ahmad, tous trois membres du groupe Leader, démissionnent pour protester contre la lenteur de ces négociations. Or, les nouvelles discussions avec la Banque mondiale ont finalement eu lieu en juin.

Durant les premiers mois de l'année 1995, Madagascar a reçu plusieurs délégations commerciales étrangères (Israël, Corée du Sud, Taïwan...) illustrant ses nouvelles options diplomatiques. La Grande Ile s'est également inscrite dans le projet d'Indian Ocean Rim Association (qui doit réunir les pays riverains de l'océan Indien) et une délégation malgache a assisté, en juin 1995, en Australie à une réunion régionale à ce sujet. En outre, à l'issue d'une visite du ministre malgache des Affaires étrangères, Me Jacques Sylla, à Maurice, fin avril 1995 (laquelle avait été précédée d'une visite du président Zafy dans l'île-sœur, fin août 1994), des mesures ont été décidées pour renforcer le commerce et les contrôles douaniers (trafic d'or) entre les deux États.

Emmanuel Rakotovahiny, un Premier ministre météore  car incapable

Madagascar s'est enfoncée dans le marasme politique, trois ans après l'élection du président Albert Zafy. Le référendum constitutionnel voulu par le président pour lui donner le pouvoir de choisir lui-même son Premier ministre, et qu'il a remporté le 17 septembre 1995, n'a pas débouché sur un apaisement politique. Le président Zafy s'est séparé du Premier ministre Francisque Ravony avec lequel il ne s'entendait pas, mais le gouvernement d'Emmanuel Rakotovahiny (un leader de l'Union nationale pour la démocratie et le développement, d'origine côtière comme Albert Zafy), qui a pris la suite le 10 novembre 1995, s'est trouvé paralysé par des querelles intestines. L'élaboration du budget 1996 a donné lieu à une série de passes d'armes entre, d'un côté, le Premier ministre et son ministre de l'Économie, Tovonanahary Rabetsitonta, et, de l'autre, le ministre des Finances et du Plan, Jean-Claude Raherimanjato.

1995-1996

A ces clivages internes est venue s'ajouter une relance de l'agitation antigouvernementale de l'opposition. Surtout après les municipales du 5 novembre 1995 où les candidats d'opposition ont remporté les mairies des principales villes du pays.

Le Premier ministre et son gouvernement sont devenus la cible des critiques et des appels à un remaniement ministériel ont émané du sein même d'une majorité présidentielle comptant de nombreux prétendants à des portefeuilles ministériels. À partir du début 1996, certains dirigeants du régime, tels le président de l'Assemblée nationale, Richard Andriamanjato, ou le président du département politique des Forces vives Rasalama (majorité présidentielle) et ancien conseiller présidentiel, Alain Ramaroson, sont venus ajouter leurs voix à celles des opposants pour réclamer le départ concomitant d'Emmanuel Rakotovahiny et de son ministre des Finances. Le président Zafy se refusant à trancher ce débat, il s'est trouvé progressivement en butte à des accusations plus directes contre sa personne. Au point qu'Alain Ramaroson en est venu, le 25 mars 1996, à se dissocier publiquement du chef de l'État. Sur le fond, l'élite politique Merina - aussi bien ses membres issus de l'opposition que ceux appartenant à la mouvance présidentielle - a accepté de plus en plus mal la présence d'un tandem côtier (le président et son Premier ministre) à la tête du pays et a mené un véritable travail de sape à leur égard. L'éventualité d'élections décentralisées, et surtout la perspective d'un nouveau scrutin présidentiel en 1997, n'ont fait qu'accroître les pressions centrifuges sur le régime du président Zafy.

Michel Camdessus, Dg du FMI, à propos de Madagascar en 1995 : "Plus j'écoute, plus je ne comprends rien"

Résultat de cette situation : un nouveau Premier ministre, merina celui-là, a été désigné en la personne de Norbert Lala Ratsirahonana, le 28 mai 1996, et un nouveau gouvernement a été formé début juin. Une modification du cabinet avait d'ailleurs été demandée par le directeur général du FMI Michel Camdessus, lors d'une visite à Madagascar en mai 1996. Il a souhaité la mise en place d'un gouvernement "uni", sincèrement disposé à négocier un programme de réformes économiques et décidé à tourner définitivement le dos à toute recherche de "financements parallèles" privées en dehors du FMI. C’est à ce moment que Michel Camdessus avait déclaré : « plus j’écoute, plus je ne comprends rien ».

En l'absence d'accord avec le FMI, Madagascar est voué à voir les aides de ses autres bailleurs de fonds se réduire comme peau de chagrin au fil des ans. D'autant que la confiance de ces derniers est entamée par l'instabilité politique et l'accumulation d'arriérés de paiement. C'est ainsi que l'aide de la France distribuée par la Caisse française de développement (CFD) a considérablement baissé en 1995.

La Haute Cour constitutionnelle (HCC) a prononcé, à la demande de l'Assemblée nationale malgache, l'empêchement définitif du président Albert Zafy, le 5 septembre 1996. Le Premier ministre Norbert Ratsirahonana a ensuite été désigné pour assurer les fonctions présidentielles à titre intérimaire et préparer de nouvelles élections. Dans la foulée, il a nommé un gouvernement, le 13 septembre 1996, ouvert à de nombreuses sensibilités, mais excluant les représentants de l'Union nationale pour le développement et la démocratie (UNDD), la formation du président "empêché" Albert Zafy. Payant le prix du mandat présidentiel brouillon qu'il avait exercé depuis 1992, ce dernier n'a pas été en mesure de regrouper ses alliés d'autrefois autour de sa candidature pour le premier tour de la présidentielle du 3 novembre 1996.

C'est l'ancien dictateur Didier Ratsiraka (au pouvoir pendant quinze ans et qu’Albert Zafy avait battu aux élections de 1992) qui est arrivé en tête de ce scrutin. Toutefois, l'ancien ministre de l'Industrie du président sortant, Herizo Razafimahaleo (qui avait été, au milieu des années quatre-vingt, un conseiller économique du président Ratsiraka sous la IIe République), est arrivé en troisième position avec 15 % des voix. Il s'est donc retrouvé en position de faire pencher la balance lors du second tour, le 29 décembre 1996, et s'est désisté en faveur de D. Ratsiraka. Après une semaine de controverses sur le dépouillement des résultats, la HCC confirma finalement la victoire de justesse de D. Ratsiraka, crédité de 50,7 % des suffrages face à Zafy.

Tout cela couché noir sur blanc signifie que cette notion de « Miara-mitantana », direction commune de la transition par des entités aux buts diamétralement opposés, comme du temps de « Prezidà » Zafy, ne tiendra jamais la route. Ce ne sera que pure perte de temps. Il faut aller aux élections le plus vite possible, la capacité de nuisance de Ravalomanana s’étant triplé avec le concours de Zafy et, bientôt de Didier Ratsiraka, qui ne va pas tarder à se manifester, avec ses « deux, trois solutions ». Ce que ces politocards n’expliquent pas, c’est qu’il n’y aura jamais de reconnaissance internationale sans dirigeants élus au suffrage universel.

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Un document encore plus intéressant datant de 2005

EDITORIAL : FRAGILE COHESION
Les 3N sont en réunion ce week-end pour essayer de désigner les (ou la) personnes chargées de présider le Comité National de Suivi et d’Orientation (Cnos) des résolutions prises lors de la fameuse conférence nationale organisée au début mois de Juin à Andoharanofotsy.
Les divergences de vue étaient d’abord de fond. Le Rfn voulait dégager de cette conférence nationale un canevas d’idées consensuelles pour des actions futures. D’autres entités voulaient en découdre avec le régime actuel, et le mot « gouvernement de transition » a été vite lâché. Les 3N sont tiraillés entre les légalistes qui veulent s’en tenir au processus démocratique d’alternance douce et d’autres, plus impétueux, qui désirent rééditer le scénario de 1991.
Autre pomme de discorde : comment définir les règles et le mode de désignation des hommes politiques à la tête du Cnos ? Andriamanjato Richard manœuvre en faveur de son fils Ny Hasina Andriamanjato. L’Arema ne jure que par Pierrot Rajaonarivelo, en exil en France. D’autres groupes de l’opposition aimeraient voir en bonne position le bouillant Voninahitsy Jean Eugène, et une aile de l’opposition est favorable à Alain Ramaroson qui s’est sacrifié à la cause en accueillant dans sa propriété les 10.000 participants à la conférence nationale. Lui non plus ne veut pas être la 5e roue du carrosse. N’oublions pas le Pr Albert Zafy qui rêve de revenir au pouvoir.
Pour le moment, c’est l’intransigeance du camp d’en face - le discours du chef de l’état, intraitable quant à l’opposition - qui cimente la solidarité des opposants. Selon les observateurs, si Ravalomanana entrouvre légèrement la porte en accordant quelques avantages politiques et autres, le camp de l’opposition, trop hétérogène, risque de voler en éclats… D’autant plus qu’il commence à manquer d’argent frais pour financer ses actions politiques. La réunion de ce week-end, toujours à Andoharanofotsy, sera déterminante. Les chefs politiques des 3N sont conscients de la fragilité de leur cohésion. «Cette solidarité sera affirmée au fil des jours, car nous ferons tout pour aplanir les divergences », a-t-on assuré du côté du Rfn à qui on prêtait l’intention de quitter le bateau.

 

MaTV 18/06/2005


Heu, c'est quoi les "3N"? Ben demandez à ce professeur qui ne pense qu'à une chose : le pouvoir suprême ou le chaos total ! Et voilà le Président Andry Rajoelina victime d'un attentat, le lendemain de ses mêmes déclarations de 1991 et 2005. Le prof, malgré ses diplômes, n'a pas étudié l'humilité et le respect de soi et des autres.

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Dossier préparé par Jeannot RAMAMBAZAFY

(Sources : L'Etat du Monde 1981-1998, Olivier Bain, Jean-Luc Liotier)

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